Quelques éclairages sur le projet de ferme voltaïque de Triel

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Le projet de ferme photovoltaïque de Triel-sur-Seine a été beaucoup vanté : une production d’électricité photovoltaïque installée sur un site pollué permettant d’alimenter près de 7000 foyers (hors chauffage) sans produire de CO2. La réalité n’est pas si idyllique. Nous faisons un point sur ce projet à l’occasion de la signature de l’arrêté préfectoral autorisant sa construction.

Pour replacer le projet, il s’agit de la zone située entre la RD190 et la Seine ; plus simplement, il se situe à droite de la route lorsque vous quittez Triel-sur-Seine pour aller à Poissy : une zone où autrefois, on voyait des torchères brulant le méthane issu de la décomposition de tous les déchets qu’on y avait enterré ; ensuite, pendant des années, on y a vu d’énormes tas de terre. Et puis, soudain un projet qui permettait d’effacer tous ces mauvais souvenirs : on va construire une « ferme photovoltaïque ».

Vue aérienne montrant les emprises des sites d’EMTA et du projet photovoltaïque.

L’avis défavorable du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) du 17 janvier 2022 explique de façon très précise tout l’historique de ce site ; nous vous en retraçons les grandes lignes.

Ce site a fait l’objet d’une exploitation de graviers alluvionnaires puis est devenu un Centre d’Enfouissement Technique géré par la société EMTA. L’apport de déchets s’est poursuivi jusqu’en 1989 avec ensuite mise en place d’une couche de terre végétale. Une recolonisation naturelle a eu lieu jusqu’en 2005 sur ce site d’une superficie totale d’environ 77 ha. Renaturé et accueillant une biodiversité intéressante, le site a été intégré au périmètre d’une ZNIEFF de type 1 en 2008.

La société EMTA a été autorisé à rajouter des déblais dans cette zone pour limiter les risques d’inflammation du méthane et pour recouvrir l’amiante apporté dans les déchets, une activité lucrative dans le contexte très tendu de l’offre de tels sites en Île-de-France. L’autorisation donnée à EMTA pour la mise en place de ces déblais supplémentaires était soumise à de nombreuses obligations dont beaucoup n’ont pas été respectées.  En particulier, l’arrêté préfectoral de 2014 prévoyait un phasage de travaux respectueux des espèces présentes ainsi que la recréation d’habitats.

En parallèle, en 2019, un permis de construire a été octroyé par arrêté préfectoral à Urba 234, filiale de la société Urbasolar, pour mettre en place une unité de production photovoltaïque de 19 ha sur ce site dans le cadre d’un appel à projet proposé par la communauté urbaine GPSEO.

L’emprise du site photovoltaïque accueille la reproduction de nombreux oiseaux dont le Petit Gravelot et l’Œdicnème criard. Une végétation pionnière des milieux xériques s’est installée et des espèces très rares ont été découvertes : l’Inule fétide (Dittrichia graveolens), la Patience des marais (Rumex palustris) sont les plus remarquables. La Patience des marais est en danger critique d’extinction en Île-de-France et n’est connue que sur cinq communes.

La ferme photovoltaïque a été autorisée à s’implanter sur une zone de compensation écologique liée à la destruction d’espèces protégées par les activités d’EMTA. De ce fait, Urba 234 a cherché des terrains pour compenser la compensation déjà prévue sur le site. Pour nous, c’est tout à fait inadmissible et contraire à l’esprit qui a prévalu à la mise en œuvre de la compensation : une compensation doit être faite sur une zone pour une durée définie ; elle doit être maintenue pour toute la période prévue ; elle ne peut faire l’objet d’échanges entre aménageurs.

Autre point que nous avons relevé : l’arrêté préfectoral reprend bien le fait que l’avis du CNPN a été défavorable mais il ajoute « que les compléments apportés par la réponse d’Urba 234 lèvent les réserves justifiant l’avis défavorable ».

Nous avons donc envoyé un courrier au Préfet des Yvelines pour lui demander quels étaient les compléments apportés par Urba 234 qui ont subitement permis de lever les réserves du CNPN. Nous vous tiendrons au courant des éléments apportés par le Préfet.

Pour nous il ne s’agit pas de contester l’utilité de trouver des sites de production d’énergie photovoltaïque. Le choix du site de Triel-sur-Seine a pu paraitre une bonne idée du fait de l’historique de la zone. Néanmoins, les divers avis du CNPN et les arrêtés préfectoraux pris dans le passé montraient qu’on n’aurait pas dû autoriser la construction de la centrale photovoltaïque à cet endroit. Pour rappeler ce principe, si nous n’avons pas de réponse à nos question, nous étudirons la possibilité de porter un recours au tribunal administratif contre l’arrêté préfectoral signé le 25 février 2022.

Les deux photos sont extraites de l’étude d’impact du projet ; la photo en en-tête montre le projet Urbasolar de Vallérargues (33).

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