Pesticides : du vrai, du faux et Duplomb

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D’abord quelques précisions : faut-il parler de pesticides, de produits phytosanitaires ou de produits phytopharmaceutiques ? Le terme « pesticide » est un terme générique qui désigne à la fois les produits phytosanitaires utilisés en agriculture mais aussi les produits à usage domestique (shampoing anti-poux, par exemple). Néanmoins, nous utiliserons l’appellation « pesticide » car les termes « sanitaire » ou « pharmaceutique » nous paraissent édulcorer la réalité concernant les conséquences de l’utilisation de ces produits. Par ailleurs, il ne faut pas confondre les pesticides avec les engrais qui sont des substances (organiques ou minérales) destinées à apporter des compléments aux plantes pour en améliorer la croissance.

On peut différencier trois grandes catégories de pesticides suivant leurs usages :

  • Les insecticides qui détruisent les insectes par contact, ingestion ou action systémique (dans ce dernier cas, les insectes sont tués lorsqu’ils absorbent la plante traitée). Les insecticides peuvent être pulvérisés et dans certains cas des semences enrobées peuvent également être utilisées. Exemple d’insecticide : les néonicotinoïdes (comme l’acétamipride) interdits depuis 2018 mais pour lesquelles des dérogations sont actuellement demandées.
  • Les herbicides qui éliminent les plantes adventices. Exemple : le glyphosate qui est un désherbant non sélectif ; c’est le désherbant le plus vendu au monde (autrefois exclusivement par la firme Mosanto sous la marque Roundup).
  • Les fongicides qui éliminent les champignons et maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium, etc.). Exemple : le soufre, le cuivre (la bouillie bordelaise utilisée sur la vigne et les fruitiers), le SDHI ou les thiazoles.

En termes de quantités pour la France, les herbicides représentent 45% des ventes, les fongicides 40% et les insecticides 10% ; le reste des ventes se répartit entre régulateurs de croissance, antigerminatifs, etc.).

Les insecticides entrainent une forte mortalité sur des insectes notamment pollinisateurs mais aussi sur l’ensemble des invertébrés terrestres. Chez les oiseaux granivores, les effets directs, du fait de la toxicité des graines ingérées, sont prédominants. Chez les oiseaux insectivores, les effets indirects sont majeurs : ils perdent leur garde-manger en raison de la réduction du nombre d’insectes. Les organismes aquatiques aussi sont touchés (INRA).

En ce qui concerne l’effet sur la santé, outre que les effets de certains pesticides sur la santé font l’objet de controverses, il existe peu d’études sur les conséquences de l’effet cocktail (risque de toxicité globale supérieure à la somme des toxicités individuelles de chaque pesticide).

Historiquement, les principaux pesticides sont apparus avec la chimie moderne : le célèbre DDT (DichloroDiphénylTrichloroéthane) a ouvert la voie des produits organochlorés. Les effets écotoxiques de cet insecticide (dénoncés à l’époque par l’américaine Rachel Carson) ont conduit à son interdiction dès les années 70.

L’interdiction de pesticides pour des raisons de toxicité, de persistance environnementale ou d’effets sur la santé et la biodiversité est d’ailleurs une pratique que l’on retrouve au fil des années : en 1998, le lindane insecticide organochloré à large spectre a été interdit dans ses utilisations agricoles ; le Chlorpyrifos insecticide neurotoxique a été interdit en 2016 en raison de ses effets sur le développement des enfants. Les néonicotinoïdes sont interdits en France depuis 2018 (avec une fin des dérogations ponctuelles en 2023) pour leur impact sur les insectes pollinisateurs. Même si certaines de ces substances peuvent rester longtemps présentes dans les sols ou les nappes phréatiques (on parle de bioaccumulation), certaines molécules les plus toxiques ont heureusement été progressivement retirées du marché.

En termes de quantités utilisées, la situation s’améliore peu : les différents gouvernements ont essayé de mettre en place une diminution volontaire de l’utilisation de pesticides par les agriculteurs : après un plan Écophyto I (lancé en 2008), puis le plan II, puis le II+, nous en sommes maintenant au plan Écophyto 2030. Lancé en 2024, ce plan vise une réduction de 50% de l’usage des pesticides en agriculture en 2030 par rapport aux quantités de 2011-2013. Même si les quantités utilisées ont baissé depuis le pic des années 1990-2000 (environ 120 000 tonnes par an), depuis 2008, les volumes restent stables autour de 65 000 tonnes par an et le plan Écophyto 2030 n’aura probablement que peu d’effets.

Pour être plus concret, pour un hectare (soit 10 000 m2 soit par exemple une parcelle de 100 m par 100 m), la quantité actuellement autorisée d’épandage de glyphosate est d’environ 1 kg par an, que ce soit en grandes cultures (céréales) ou en arboriculture ce qui revient à un coût de produit d’environ 10€ à l’hectare (auquel il faut rajouter le coût de main d’œuvre et de l’utilisation du matériel).

Il existe un indicateur, l’IFT (Indicateur de Fréquence de Traitements phytosanitaires) qui mesure l’utilisation des pesticides en agriculture ; il comptabilise le nombre de doses de référence (c’est-à-dire de traitements), appliquées par hectare au niveau d’une parcelle. Ainsi pour l’orge et le blé, l’IFT varie de 3 à 5 ; il est de 7 pour les betteraves sucrières et de 18 pour les pommes de terre (surtout des fongicides). En arboriculture, l’IFT peut être très élevé avec des valeurs atteignant 30 du fait des traitements contre la tavelure, la cloque et certains insectes.

Les agriculteurs sont tenus de renseigner un registre des traitements pour chaque parcelle et sont soumis à inspections. Des distances minimales de sécurité (ZNT) doivent être respectées par rapport aux habitations (en général 20 m) et les épandages sont soumis à des règles en termes de vitesse du vent et de réglage des buses d’épandage.

Buses de pulvérisation sur un pulvérisateur agricole (copie d’écran d’une vidéo sur le matériel Kuln).

Et la proposition Duplomb ? Il s’agit d’une proposition de loi visant à réduire les protections environnementales ; la plus polémique est la ré-autorisation de néonicotinoïdes comme l’acétamipride en cas de « menace grave » pour la production (les autres mesures concernent l’autorisation des méga-bassines et l’augmentation du seuil d’autorisation pour les élevages).

La semaine pour les alternatives aux pesticides est un événement organisé par l’association Générations futures avec pour but d’informer sur les enjeux sanitaires et environnementaux des pesticides et mettre à l’honneur les alternatives pour s’en passer.

Photo en en-tête : pulvérisateur agricole en action (photo libre de droits).

Lien vers la pétition contre la proposition Duplomb Pétition contre la Loi Duplomb – Pétition contre la Loi Duplomb – Plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale

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