Bois de Verneuil

Printemps 1977 – Printemps 2017 : quarante ans séparent ces deux périodes mais une volonté commune, celle de défendre le Bois de Verneuil. Nous avons décidé de faire appel aux témoignages des habitants qui ont participé ou simplement été témoins des événements du printemps 1977. Une manière pour nous d’inscrire notre défense du Bois de Verneuil dans la continuité.

Nous avons donc décidé de rassemblé sur cette page l’ensemble des témoignages que nous avons pu récupéré.

 

Témoignage de Dominique

Voici donc nos souvenirs du printemps 1977 : à cette époque, nos trois enfants avaient 16,14 et 12 ans . On nous avait communiqué la date limite au-delà de laquelle les bulldozer ne pouvaient plus pénétrer dans le bois et il fallait donc que les habitants encerclent le bois avec leur voiture et l’occupent par leur présence jour et nuit ! Le maire de l’époque était Mr Coeuillet et, dès qu’une menace d’intrusion se précisait, il envoyait des voitures municipales avec haut-parleurs pour rameuter tout le monde . Nous nous levions alors et allions réveiller les enfants, tout excités de participer à cette grande aventure ! Il y avait plusieurs groupes, chacun autour d’un feu et on allait leur distribuer du café chaud . Il y avait le coin des communistes, celui des socialistes, des catholiques, etc. Tout ça a duré jusqu’à l’expiration du délai administratif et c’est ainsi que nous avons empêché la destruction et le lotissement du Bois de Verneuil . Certes, nous le payons très cher aujourd’hui par l’explosion ahurissante des Impôts locaux mais c’est ce qui permet à beaucoup de Vernoliens de se promener et faire du footing ou du vélo dans “leur” bois…

Témoignage de Jean-Pierre

J’habite Verneuil depuis plus de 50 ans et je voulais apporter, mon modeste témoignage, sur cette affaire des bois de Verneuil de 1977. je venais de commencer à travailler depuis 1974, quand cette affaire à commencé. Je me souviens de m’être levé très tôt, différents matins, pour aller bloquer l’accès aux bois de Verneuil. l’accès à qui ?  L’accès aux bulldozers qui venaient raser les bois, et ensuite aux huissiers de justices qui venaient demander nos noms, car nous empêchions le passage à ces engins de BTP. je me souviens aussi que la Mairie avaient fait installer des panneaux de signalisation, « interdit aux véhicules de plus de 3,5 T », à l’entrée des rues adjacentes du bois et que le maire de l’époque, Jean-Pierre Cœuillet, ou ses adjoints étaient présents, avec leur carnet à souches, à l’entrée de ces rues pour verbaliser les éventuels « véhicules » qui voudraient passer par ces rues. Mon père, à l’époque commerçant à Verneuil, m’avait accompagné.

Naturellement nous étions plusieurs centaines, à être là à l’aube, pour sauver notre patrimoine naturel, et après aller travailler. S’il fallait le faire je le referais. S’il faut le faire contre la déviation de la RD 154, j’y serais. Quand je m’y promène avec ma famille, je me souviens parfois de ces évènements, car où irions nous nous promener si tout le monde, à l’époque, était resté dans son lit…

 

Témoignage de Michel

EXTRAIT DE ME CARNETS

Le printemps 1977 restera gravé à tout jamais dans ma mémoire.  C’est un printemps de lutte pour sauvegarder les bois de la commune. D’avides promoteurs ont pour projet de raser 500 hectares de forêt pour y construire le plus grand centre commercial d’Europe. Seule la population anarcho-liberto-gauchisante du canton s’est mobilisée mais ça devrait suffire pour conserver notre forêt intacte. Pendant les trois mois d’un printemps très ensoleillé, annonciateur d’un été moins caniculaire que celui de l’année précédente nous nous battrons.

En qualité de militant, nous avons pour mission de distribuer des tacts, de coller des affiches, défiler dans les rues mais surtout interdire les engins de travaux de pénétrer de force dans la forêt et d’abîmer un seul arbre. Nous retardons les trains en gare des Clairières de Verneuil, le temps de distribuer les plaquettes vantant les mérites de notre lutte. Les verts babas cool ont déplié tout leur gourbi pour s’installer sous un marronnier centenaire. Ils certifient que la disparition de grandes zones forestières est due à l’extension de la race humaine. Ils en profitent pour parler de la libéralisation du cannabis.

Les dommages sont irréversibles, l’enjeu est de taille, gueulent-ils dans un mégaphone qui fonctionne en alternance. Le peu de public rassemblé devant leur estrade n’entende jamais la fin des phrases.

Deux fois par semaine, une manifestation est organisée. Les itinéraires sont toujours différents mais le départ comme l’arrivée ont lieu à l’entrée du bois. Avec une poignée de potes nous avons confectionné une banderole qui est devenue le symbole de la lutte (voir en pièce jointe). Elle représente «une» vieille arbre enceinte d’une dizaine d’arbrisseaux. Elle est menacée par des haches, des scies ou autres tronçonneuses. Elle est terrorisée à l’approche d’un vilain engin de démolition. Sous le dessin est écrit en gros caractère :

 HETRE OU NE PAS HETRE

De courtes maximes ont été rédigées et recopiées par les filles. Tous les points sur les i sont formés de petits ronds. Ces naïfs aphorismes sont constitués de jeux de mots pas toujours très fins, mais pas plus ni moins que ceux des titres d’un grand quotidien sportif. Ils ont au moins la valeur d’avoir été conçus avec conviction et plaisir.

Peuplier encore si peu plié

Le peuple y est

FIN DE L’EXTRAIT DE MES CARNETS.

Le souvenir que je garde aujourd’hui de cette occupation des bois est le même que celui de longues et excellentes vacances. J’ai encore en mémoire les nuits fraîches étendues sur la mousse à mater les étoiles. On se chauffait aux feux de camps. On bouffait les saucisses et les merguez à même les mains, sans couvert ni pain. Comme des crèves la dalle. Mais c’est surtout les saines déconnades avec les potes qui m’émeuvent encore aujourd’hui. Les filles écolos et émancipées en nous rejoignant facilement dans nos sacs de couchage faisaient en travaux pratique notre éducation sexuelle. On vidait de nombreux packs de bière. On fumait comme des cheminées. Au bout du compte, même si j’aimais bien les petits lapins, les champignons, les noisettes et les charmantes clairières, mon militantisme à moi, se résumait en trois objectifs : rencontrer des filles, me fendre la gueule comme une baleine et essentiellement me casser la tête jusqu’à laisser mon imagination errer en parfait équilibre vers des territoires vierges et accueillants.